Pierres de bannissement

La charte de franchise accordée à Colmar en 1278 par le roi Rodolphe de Habsbourg, prévoyait comme sanction pour les criminels leur décapitation et pour les bourgeois ayant choisis de quitter la ville, la destruction de leurs maisons avec interdiction de reconstruction avant une année.

 

Voici un extrait du document allemand traduit par Trouillat en 1733 :

« Rodolphe, par la grâce de Dieu, roi des Romains, toujours auguste, fait savoir, par le présent instrument, à tous les fidèles de l’Empire les choses qui sont ci-après écrites. L’attention et les soins de la suprême puissance royale, qui est la source des lois et qui doit les conserver toutes, doit à juste titre faire en sorte qu’elle établisse et donne des lois telles, qu’elles donnent la paix et le repos aux bons et aux innocents et qu’elles infligent des châtiments et des peines aux méchants et aux gens pernicieux, suivant que leur délit l’aura mérité. C’est pourquoi, nous avons, de notre grâce spéciale et par l’autorité de l’Empire, accordé à toujours et confirmé à nos fidèles bourgeois de Colmar les droits ci-après écrits. »

 

L’article 1 de cette charte déclare : Celui qui tuera quelqu’un dans la ville et sur le ban de Colmar, sera décapité ; mais s’il arrive qu’il se sauve, on lui démolira sa maison, à laquelle est attaché son droit de bourgeoisie, sans qu’elle puisse être rebâtie par quelqu’un pendant l’année ; et tout son bien ; situé dans le ban de Colmar sera confisqué à notre profit, sans que le coupable puisse jamais rentrer dans la ville. » Chronique de Colmar J. Liblin en 1867 page 77

 

C’est pour cette raison que l’on trouve deux pierres gravées rappelant que sur ordre de l’empereur les maisons de rebelles furent démolies.

 

Une de ces pierres est visible au n°23 de la rue des Marchands, sur la maison « Zum Oesterreich » (A l’Autriche). Cette appellation ne fut attribuée à cette maison que vers 1533. Cette demeure est dotée de deux magnifiques étages en bois disposés en encorbellement.

 

Voici le texte traduit de l’allemand de cette pierre de bannissement ou « Achterstein » :

« En l’an que l’on compte, depuis la naissance de notre Seigneur, 1358, le lundi après la sainte Agnès, son altesse le prince Rodolphe, duc d’Autriche, gouverneur impérial de toute l’Alsace, jugea et prononça la condamnation au sujet du soulèvement qui avait eu lieu contre le bailli provincial, le bourgmestre et le magistrat de Colmar. C’est pourquoi il fit abattre cette maison et interdire à jamais sa reconstruction pour rappeler indéfiniment cet événement ».

 

Rappelons que l’empereur Charles IV avait créé un nouveau gouvernement municipal en 1356 ce qui n’a pas plu à tout le monde et notamment aux « Scheppler », des conjurés qui tentèrent de le renverser. Une lettre adressée au duc dresse la liste des instigateurs : 7 chevaliers, 13 écuyers et 25 bourgeois. Voilà pourquoi le lundi 21 janvier 1358, le duc Rodolphe réprima ce soulèvement en ordonnant la destruction des maisons des meneurs, le chevalier Conrad dit Lentsch von Wittenheim et Philipp dit Bitter von Beblenheim. On apposa suite à cela cette pierre commémorative.

 

Une autre pierre de bannissement apparaît sur la façade Est de l’Ecole de Musique 8 rue Chauffour.

 

Voici une belle illustration de la justice médiévale qui non seulement punissait ainsi les rebelles mais en même temps se rendait responsable de la disparition catastrophique de belles demeures colmariennes.

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