La plaque gothique de 1323

Si vous passez un jour sur la route du vin en direction de Marlenheim, arrêtez-vous par curiosité à Dambach-la-ville. Pourquoi ?

Parce que vous y verrez une plaque gravée en gothique sur l’arche d’une des portes de la ville, la « Untertor » (Porte Basse) sitée sur le flanc Est et qui date de 1323.

 

Quel est donc ce texte mystérieux et que signifie-t-il ?

 

Voici ce qu’on peut lire sur cette plaque : « Anno dni MCCCXXIII XII kal iulii huy opi di fuit pois pmus lapis »

 

Plutôt obscur n’est-ce-pas ? En plus il semble qu’il manque des lettres. Que voulez-vous c’est du gothique !

 

Rappelons que l’écriture gothique est une transformation d’un style d’écriture appelée « la minuscule caroline » utilisée l’époque de Charlemagne. Ainsi le tracé des lettres dans les minuscules carolines s’est progressivement arrondi pour revêtir une forme plus anguleuse. Certains historiens ont bien tenté d’expliquer la raison de ces changements, sans toutefois en avoir la certitude. Selon eux plusieurs éléments ont contribué à cette évolution : la taille des plumes servant à l’écriture, la volonté d’économiser de la place ou tout simplement un désir d’esthétique nouvelle.

 

Pour revenir à notre texte, il nous faudra quelque peu le compléter en rajoutant quelques lettres. Cela va se faire de la manière suivante : « Anno domini MCCCXXIII XII calendi Julii Hujui oppidi fuit posi primus lapis ».

 

On est d’accord pour vous c’est toujours du latin ! Pour moi aussi, mais si l’on s’en réfère à ceux qui maîtrisent cette langue ancienne, cela signifierait la chose suivante : « En l’an 1323 du seigneur, le 12 des calendes de juillet, sur cette place forte fut posée la première pierre de l’édifice ».

 

Et c’est effectivement ce que confirme les documents historiques. Pour le vérifier, il faut remonter à l’époque où Berthold de Bucheck, le fils de Henri de Bucheck, entra dans l’Ordre des Chevaliers Teutoniques tout comme son père. Très vite il fut nommé Commandeur pour le bailliage de Souabe-Alsace-Bourgogne. Cette position permit à Berthold de disposer d’une puissance financière et militaire considérable. Il ne s’en priva pas.

Il commença par agrandir ses possessions et à fortifier les villes qui en dépendaient. Voici d’ailleurs ce que l’on peut lire dans la chronique de Koenigshoffen que rédigea Jacques Twinger de Koenigshoffen : « Er beszert ouch daz bistum sere mit buwe, wande bi sinen ziten wart Dambach umbemuret, daz vormals ouch ein dorf waz ».

 

Même si ce texte vous semble quelque peu hermétique, il vous permet tout de même de remarquer qu’il est question de « Dambach umbemuret », de « Dambach sans murs ». Et on y apprend notamment que cette ville est dépourvue de fortifications, ce qui la rend particulièrement vulnérable. Berthold va y remédier en accordant au village le statut de ville ce qui permit la construction d’une enceinte.

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