L’homme sauvage de Turckheim

Cette enseigne, qui apparaît au n°19 dans la Grand’rue à Turckheim, appartient à une ancienne auberge connue sous l’appellation « Auberge de l’homme sauvage ».

 

Elle fut construite par la ville en 1609 pour y installer un magistrat appelé « gourmet ». Ce « gourmet » intervenait en tant que médiateur entre un acheteur et un vendeur de vin. Sur chaque quantité de vin vendue, il percevait une rétribution.

 

En observant attentivement l’enseigne vous pourrez distinguer un petit bonhomme chapeauté avec un verre à la main représentant certainement le gourmet en question.

 

Sur cette enseigne en fer-blanc apparaît un homme à la peau noire tenant une massue dans la main droite et une lance dans la main gauche. Sa tête est couronnée de plumes blanches. On y aperçoit aussi des palmiers et des tonneaux sous la forme de plantes exotiques.

 

Quelle signification faut-il donc attribuer à cette représentation ?

 

Nous pourrions bien sûr nous référer à ce que déclarait Jean-Jacques Rousseau en 1755, dans son « Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes ». Il disait notamment : « Je le vois se rassasiant sous un chêne, se désaltérant au premier ruisseau, trouvant son lit au pied du même arbre qui lui a fourni son repas, et voilà ses besoins satisfaits.(…) l’homme sauvage sujet à peu de passions, et se suffisant à lui-même, n’avait que les sentiments et les lumières propres à cet état, qu’il ne sentait que ses vrais besoins, ne regardait que ce qu’il croyait avoir intérêt de voir, et que son intelligence ne faisait pas plus de progrès que sa vanité. »

 

Mais le peintre qui réalisa cette enseigne au début du XVIe siècle ne pouvait connaître ces écrits de Jean-Jacques Rousseau.

 

Il voulait peut-être nous faire comprendre que l’homme sauvage est libre et qu’il boit du vin. L’homme sauvage de Turckheim est donc un noir libre, mais qui malgré tout se tient sur ses gardes (sur la face tournée vers la Porte de Munster, on notera qu’il possède deux paires d’yeux). Il est également libre de toute morale chrétienne et de toutes ses impulsions.

 

Ce mythe de l’homme sauvage semble trouver son origine au Moyen-Age, car les documents qui le mentionnent datent du début du XIVe siècle.

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