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De curieux oculi

« Oculus » ou « Œil de Bœuf » voilà comment on désigne ce type d’ouverture qui apparaît dans le pignon de certains édifices.

 

Le mot « oculus » vient du latin qui signifie « œil » et dont le pluriel est « oculi ».

 

Il faut noter que dans l’art gothique cet « œil » de pierre s’agrandit pour devenir une rosace.

 

 

Ce genre d’ouverture apparaît également au centre de nombreuses coupoles dans les basiliques latines. Elle permettait de hisser les cloches dans le clocher.

 

On a même trouvé des « oculi » aménagés dans le mur de certains édifices catholiques.

On parle dans ce cas de « hagioscopes » dont l’étymologie est la suivante : « hâgios » (saint) et skopéô (observer ).

 

Ce type d’ouverture permettait aux lépreux et à d’autres personnes non désirables de suivre un service religieux sans entrer en contact avec le reste de la population. Elle pouvait être munie d’une vitre ou d’une grille.

 

On trouve plusieurs « oculi » sur des édifices à Colmar. Il y a en a un sur la Maison des Têtes et un autre sur la maison Kern.

 

Il y en même deux autres qui suscitent de nombreuses polémiques quant à leur signification.

 

Si vous examinez la maison « Saltzkasten » place du Marché-aux-fruits, vous y verrez un personnage qui sort son buste de l’oculus et porte son regard vers la rue des Augustins. Que cherche-t-il ?

 

Non loin de là, dans la Grand’rue, se trouve la Maison du Commandant.

 

Dans cet oculus, placé dans le pignon, vous pourrez apercevoir un personnage tenant de sa main droite une tête de mort.

 

Quelle est la signification de cette mise en scène plutôt macabre ?

 

Pour obtenir davantage d’informations voir « COLMAR – Circuit de visite »

 

Le gratte-ciel de 1561

Chers amis, vous avez bien lu, je parle effectivement d’une maison de Ribeauvillé que l’on surnomme « gratte-ciel alsacien ».

 

Il n’y a donc pas qu’à New York où l’on peut voir des immeubles de ce genre. En Alsace nous avions déjà ce genre de construction dès le XVIe siècle.

 

Cette maison imposante édifiée en 1561 se trouve dans la rue du Général De Gaulle et porte le n°14. Il suffit de lire l’inscription figurant sur l’arc de la porte d’entrée du pressoir.

 

 

La taille de cette maison est impressionnante car avec ses cinq niveaux en pan de bois son pignon culmine à une hauteur d’environ 25 mètres lui valant le surnom de « gratte-ciel alsacien ».

 

La porte d’entrée en façade détruite en 1944 a été reconstituée à partir d’une porte rapportée d’un village proche, Bergheim.

 

Elle possède un fronton cintré à coquille sur lequel apparaît un écu « buché ».

 

Sur celui-ci figuraient jadis un aigle et une inscription gravée dans la pierre mais le texte partiellement effacé est illisible.

 

 

 

 

Vous trouverez encore bien d’autres détails dans le livre

 

“Les Couloirs du temps de RIQUEWIHR” disponible sur le site www.couloirs-du-temps.com

L’autel de la Liberté 1790

Ce fut en 1789 que les bourgeois de Riquewihr présentèrent leurs « cahiers de doléances » dans lesquels ils exigeaient que la plantation des vignes soit interdite dans la plaine d’Alsace.

 

Leur argument principal justifiant cette interdiction fut d’empêcher que « le prix du blé n’atteignit pas des prix trop élevés » et que la production viticole trouve de meilleurs débouchés.

 

Ils souhaitaient également que l’on limita le nombre de brasseries, car disaient-ils « la bière constitue un concurrent dangereux pour le vin ». En outre ils réclamaient que l’on rétablisse l’égalité devant l’impôt (Oui déjà à l’époque !).

 

Ces demandes avaient été formulées en juillet, mais l’ambiance changea rapidement au mois d’août. Les bourgeois ne se contentèrent plus de réclamer l’égalité devant les impôts perçus par les seigneurs, mais ils exigèrent carrément leur suppression de même que l’abolition de la dîme et de bénéficier du libre usage des biens communaux.

 

Très vite des affrontements opposèrent ceux qui prônaient ces nouvelles idées à ceux qui étaient partisans des anciennes idées. Ce fut ainsi que Jacques Frédéric Titot défendit les anciennes idées des Wurtemberg face à Jean Michel Ellès, virulent partisan révolutionnaire. Au final, ce fut donc Frédéric Titot qui l’emporta le 18 mai 1790.

 

 

Les esprits se  calmèrent quelque peu pour la célébration de la  le 14 juillet de cette année. Ce fut à cette occasion que l’on dressa un « Freyheitsaltar » ou « Autel de la liberté » sur le rempart Est de la ville.

 

Cet autel est actuellement placé dans le jardin créé au pied du château de Wurtemberg dans la partie basse de la ville.

 

Outre cet autel de la liberté, qui constitue une pièce unique au milieu de ce jardin, on peut encore  apercevoir  différents sarcophages mérovingiens,  pierres tombales et autres éléments décoratifs gothiques et Renaissance.

 

L’aumônier des gardes nationaux catholiques, P. Bernard célébra d’abord sur cet autel une messe après quoi le surintendant Frédéric Titot prononçât un sermon pour les habitants de religion protestante. Enfin le syndic Schmid clôtura la manifestation par un discours patriotique.

 

Entre les différents protagonistes semblait régner un parfait accord. Ce fut du moins l’impression que l’on pouvait avoir à ce moment-là.

 

En effet, l’année suivante, lors d’une session du Conseil municipal, le surintendant Titot se plaignit de menaces proférées à son encontre parce qu’il persistait, comme il l’avait fait dans le passé, a prononcer dans la prière du culte le nom de la maison de Wurtemberg.

 

L’opposition vint principalement de la part de membres de « Amis de la Constitution » récemment crée, dans le but de « donner à la vérité une puissance illimitée, de faire pénétrer dans les coeurs l’amour de la patrie et de la liberté, le respect de la loi et la haine de la tyrannie ».

Les tuiles vernissées

En Alsace, ce qui caractérise également les maisons, ce sont les toitures. Très souvent enchevêtrées avec d’autres toitures dont la pente peut varier entre 45° et 65°, elles sont recouvertes de tuiles plates dont l’extrémité est arrondie.

 

C’est d’ailleurs en raison de cette forme qu’on les nomme « Biberschwantz » (Queue de castor).

 

Rappelons toutefois ce furent les Romains qui introduisirent la tuile dans la vallée du Rhin. Elle était utilisée pour recouvrir certains édifices importants comme les églises et les monastères.

 

Mais à cette époque-là les maisons alsaciennes étaient encore couvertes de chaume et ce jusqu’au XVIIIe siècle.

 

La tuile plate apparaît au XVe siècle. Quelques spécimens sont visibles au Musée Alsacien de Strasbourg. Certaines sont décorées de motifs religieux, de formes végétales ou animales. On peut y apercevoir divers monogrammes d’inspiration chrétienne.

 

Les tuiles vernissées sont beaucoup plus rares. Au passage, il faut noter que certaines tuiles avaient la particularité suivante : la dernière tuile posée à la fin d’une journée de travail était appelée « Firowazigel » (tuile de fin de journée) recevait un décor particulier.

 

Pour donner aux tuiles un aspect vernissé, elle étaient recouvertes d’une glaçure au plomb. L’avantage de ce procédé était de rehausser notamment les tons ocres et bruns. On se servait aussi d’oxyde de cuivre pour renforcer la couleur verte. Quant à la couleur jaune elle était obtenue avec l’adjonction d’argile blanche.

 

Les tuiles sont assemblées sur un toit de manière à former des losanges, comme sur le Koifhus à Colmar.

 

Leur dimension était à l’origine d’environ 46 cm de long sur 19 de large. Mais avec le temps on réduisit ce format tout en ajoutant

 

à la face interne un bec permettant son accrochage sur un lattis de bois.

 

La tuile « Queue de castor » était généralement clouée sur les chevrons par recouvrement avec les autres tuiles avec l’ajout à l’endroit des joints de bardeaux en sapin.

 

Cette technique nécessitait que les tuiles comportent des cannelures permettant de diriger l’écoulement de l’eau. Les tuiles furent durant plusieurs siècles façonnées à la main jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Elles étaient fabriquées à partir d’argile de très haute qualité.

 

 

Les toits de  l’ancien château des comtes d’Eguisheim ou encore celui l’église Saint-Georges à Chatenois offrent également une belle illustration de cet art médiéval.

Les coquilles Saint-Jacques

Pour peu que vous soyez attentifs en vous promenant dans divers villages d’Alsace, vous ne manquerez pas d’apercevoir ce symbole caractéristique sur nombre de maisons et de bâtiments anciens.

 

Il revêt la forme d’une « coquille Saint-Jacques ». Les amateurs de gastronomie vont rapidement faire le lien avec les nombreuses recettes de cuisine faisant appel à ce mollusque de la famille des Pectinidés dont le nom scientifique Pecten maximus correspond à ce que nous appelons « coquille Saint-Jacques ».

 

Mais au risque de vous surprendre, les coquilles Saint-Jacques sculptées dans la pierre, ne faisaient pas référence à un plat cuisiné.

 

Cette coquille était ramassée sur les plages de Galice en Espagne par les marcheurs qui participaient aux pèlerinages de Saint-Jacques-de-Compostelle. Elle constituait en fait la preuve de leur périple et un souvenir.

 

Quelle fut l’origine de ce pèlerinage ?

 

Un ermite nommé Pelay ou Paio raconta que durant une nuit vers l’an 813, il fut guidé par une étoile, vers une montagne inhabitée. Il y vit de mystérieuses lumières et pu même entendre, selon ses dires, le chant des anges.

 

L’évêque Théodomire d’Iria Flavia (actuellement la ville de Padrón) auquel il confia son expérience, décida d’accompagner l’ermite pour vérifier ses affirmations.

 

Après un jeûne de trois jours, ils partirent pour cette mystérieuse montagne sur laquelle ils découvrirent un mausolée, à l’intérieur duquel gisait un corps décapité tenant sa tête sous son bras. L’évêque en conclut qu’il s’agissait ni plus ni moins de la dépouille du disciple de Jésus, Jacques. Deux autres corps furent également trouvés sur les lieux comme étant ceux d’Athanase et de Théodore, qui auraient transporté le corps de Jacques vers la Galice.

 

Théodomire communiqua la découverte miraculeuse à son roi Alphonse, qui visita à son tour les lieux puis ordonna la construction d’une église autour de ce cimetière en lui octroyant des dons et des privilèges. Cette première chapelle devint plus tard Cathédrale de Santiago de Compostela.

 

Le nom actuel du site, Compostelle fait encore l’objet de discussions car pour certains il fait référence à « San Jacob de Compositum » alors que d’autres pensent qu’il provient de « campus stellae » (champ de l’étoile).

 

Ce fut en 950 que l’évêque du Puy en Velay, Godescalc organisa pour la première fois un grand pèlerinage au tombeau de Saint Jacques. Il initiait ainsi la première route européenne menant du Puy-en-Velay à Santiago de Compostela.

 

Très rapidement les pèlerinages vont s’intensifier grâce aux ordres religieux, aux nobles et aux rois qui apportèrent de l’argent pour la construction des hospices, ces importants lieux d’accueil pour les pèlerins. Ils pouvaient y trouver tous les services, aussi bien matériels que spirituels. Ces hospices furent souvent construits dans des endroits stratégiques pour canaliser le flux des pèlerins en fonction d’intérêts politiques et économiques.

 

Voilà pourquoi l’Alsace verra apparaître de nombreux centres de pèlerinages dont Strasbourg, le Mont Saint Odile, les Trois-Epis, sur le chemin qui mène à Compostelle. Parmi les premiers pèlerins on peut citer Saint Morand (1071-1075), puis Frédéric, Othon et Conrad de la célèbre famille des Hohenstaufen.

 

La coquille est devenue le symbole des pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Elle leur permettait de se distinguer des autres voyageurs, de boire dans les fontaines et demander l’aumône aux habitants. Nombre de pèlerins l’accrochaient à leur sac, leur chapeau ou à leur cape en signe d’identification. Toutes les étapes de ces chemins de Compostelle sont très souvent repérés grâce à ce symbole.

Pierres de bannissement

La charte de franchise accordée à Colmar en 1278 par le roi Rodolphe de Habsbourg, prévoyait comme sanction pour les criminels leur décapitation et pour les bourgeois ayant choisis de quitter la ville, la destruction de leurs maisons avec interdiction de reconstruction avant une année.

 

Voici un extrait du document allemand traduit par Trouillat en 1733 :

« Rodolphe, par la grâce de Dieu, roi des Romains, toujours auguste, fait savoir, par le présent instrument, à tous les fidèles de l’Empire les choses qui sont ci-après écrites. L’attention et les soins de la suprême puissance royale, qui est la source des lois et qui doit les conserver toutes, doit à juste titre faire en sorte qu’elle établisse et donne des lois telles, qu’elles donnent la paix et le repos aux bons et aux innocents et qu’elles infligent des châtiments et des peines aux méchants et aux gens pernicieux, suivant que leur délit l’aura mérité. C’est pourquoi, nous avons, de notre grâce spéciale et par l’autorité de l’Empire, accordé à toujours et confirmé à nos fidèles bourgeois de Colmar les droits ci-après écrits. »

 

L’article 1 de cette charte déclare : Celui qui tuera quelqu’un dans la ville et sur le ban de Colmar, sera décapité ; mais s’il arrive qu’il se sauve, on lui démolira sa maison, à laquelle est attaché son droit de bourgeoisie, sans qu’elle puisse être rebâtie par quelqu’un pendant l’année ; et tout son bien ; situé dans le ban de Colmar sera confisqué à notre profit, sans que le coupable puisse jamais rentrer dans la ville. » Chronique de Colmar J. Liblin en 1867 page 77

 

C’est pour cette raison que l’on trouve deux pierres gravées rappelant que sur ordre de l’empereur les maisons de rebelles furent démolies.

 

Une de ces pierres est visible au n°23 de la rue des Marchands, sur la maison « Zum Oesterreich » (A l’Autriche). Cette appellation ne fut attribuée à cette maison que vers 1533. Cette demeure est dotée de deux magnifiques étages en bois disposés en encorbellement.

 

Voici le texte traduit de l’allemand de cette pierre de bannissement ou « Achterstein » :

« En l’an que l’on compte, depuis la naissance de notre Seigneur, 1358, le lundi après la sainte Agnès, son altesse le prince Rodolphe, duc d’Autriche, gouverneur impérial de toute l’Alsace, jugea et prononça la condamnation au sujet du soulèvement qui avait eu lieu contre le bailli provincial, le bourgmestre et le magistrat de Colmar. C’est pourquoi il fit abattre cette maison et interdire à jamais sa reconstruction pour rappeler indéfiniment cet événement ».

 

Rappelons que l’empereur Charles IV avait créé un nouveau gouvernement municipal en 1356 ce qui n’a pas plu à tout le monde et notamment aux « Scheppler », des conjurés qui tentèrent de le renverser. Une lettre adressée au duc dresse la liste des instigateurs : 7 chevaliers, 13 écuyers et 25 bourgeois. Voilà pourquoi le lundi 21 janvier 1358, le duc Rodolphe réprima ce soulèvement en ordonnant la destruction des maisons des meneurs, le chevalier Conrad dit Lentsch von Wittenheim et Philipp dit Bitter von Beblenheim. On apposa suite à cela cette pierre commémorative.

 

Une autre pierre de bannissement apparaît sur la façade Est de l’Ecole de Musique 8 rue Chauffour.

 

Voici une belle illustration de la justice médiévale qui non seulement punissait ainsi les rebelles mais en même temps se rendait responsable de la disparition catastrophique de belles demeures colmariennes.

Les modillons, expression de l’imaginaire

La première question que vous vous êtes posé en lisant ce titre, c’est vraisemblablement « C’est quoi un modillon ? ». Ce terme désigne un élément d’architecture servant à soutenir soit un soit, soit une corniche ou un balcon.

 

Bien que l’on puisse comparer le « modillon » à un « corbeau » (pierre utilisée pour supporter un élément en encorbellement ou un avant-corps), il faut toutefois reconnaître que des différences les caractérisent.

 

Les modillons apparaissent au début du XIIe siècle sur les églises romanes. Or l’église de Sainte-Foy de Sélestat est une église romane construite en 1087.

 

Elle fut érigée sur les ruines d’une église primitive édifiée par Hildegarde von Schlettstadt, une mécène allemande. A sa mort, en 1094, elle fut inhumée dans la crypte de l’église Sainte-Foy.

 

Les modillons romans constituent l’expression de la créativité et de la richesse des thèmes abordés. Les personnages et les scènes représentées font preuve de la naïveté et la gaucherie des tailleurs les ayant réalisés.

 

On y trouve des décors géométriques, des animaux, des monstres, dont les représentations sont même quelquefois à la limite de l’obscénité. Le style des modillons dénote en tous cas une grande liberté d’inspiration.

 

Pour nous autres, observateurs du XXIe siècle, ce qui intrigue, c’est la signification, voire la portée symbolique de ces évocations religieuses, éducatives et morales.

 

Mais en l’absence de sources écrites il faut reconnaître que l’interprétation est délicate.

 

Quelles étaient les sources auxquelles les bâtisseurs pouvaient trouver leur inspiration ? Ils connaissaient les textes sacrés de la Bible et étaient familiers des signes symboles et représentations qu’ils trouvaient dans les écrits anciens.

 

A partir de là, ils donnaient libre court à leur imagination pour inventer un univers peuplé de créatures mystérieuses et irréelles à partir du monde animal, humain ou végétal.

 

Par la même occasion ils se servaient de tout cela pour évoquer par l’image, les vertus et les vices des passions humaines et surtout frapper les esprits et enseigner les chrétiens. « L’important » disait Saint-Augustin, « est de méditer la signification d’un fait, et non d’en discuter l’authenticité ».

 

Pour parler de choses concrètes, je vous invite à vous rendre Place du Marché-aux-choux à Sélestat. En approchant de l’édifice, intéressez-vous aux arceaux sur lesquels repose la corniche grâce à de nombreux modillons.

 

Voyons quelques exemples sur la façade Sud.

 

 

 

 

 

Nous trouvons une sirène, un monstre de la mer avec une tête et une poitrine de femme, le reste corps étant celui d’un poisson.

 

Les sirènes avaient pour réputation de séduire  les navigateurs par leur beauté et la mélodie de leur chant pour ensuite les engloutir dans la mer. Il ne faut donc pas s’étonner que la sirène symbolise vraisemblablement la séduction et une sexualité débridé et les illusions de la passion.

 

 

Une figure de dragon apparaît également sur cette même façade.

 

A n’en pas douter, cette figure fait référence à Satan et à l’idolâtrie, mais elle pourrait également évoquer la victoire de la foi sur l’idolâtrie, la posture du monstre indiquerait dans ce cas qu’il est vaincu.

 

Nous trouvons également une tête de sanglier qui peut évoquer la lutte que doit mener l’homme pour maitriser ses vices et ses péchés. Le sanglier représente le danger immédiat qu’il faut combattre physiquement. Le fait qu’il cache ses yeux voudrait-il signifier qu’il ne veut pas voir le danger ?

 

A côté de cela on aperçoit un personnage qui verse de l’eau, ce qui pourrait faire référence au baptême. Là encore ce n’est qu’une hypothèse.

 

 

Il y a également un oiseau à longue queue, peut-être un paon qui en déployant ses plumes symboliserait l’orgueil. Mais selon la tradition chrétienne il pourrait aussi évoquer la roue solaire et dans ce cas être un signe d’immortalité, sa queue évoquant le ciel étoilé.

 

Il faut toujours se rappeler que le symbolisme lié à ces représentations, varie selon l’époque, le pays et la croyance d’où une difficulté supplémentaire lorsqu’on veut les interpréter !

 

Cela ne vous donne qu’un faible aperçu de la richesse architecturale dont sont dotés de nombreux édifices d’Alsace. A vous d’en découvrir d’autres lors de vos promenades.

 

 

La litre de Bergheim

 

En arpentant la petite ville de Bergheim, je suis tombé sur un étrange décor peint sur la façade extérieure de l’église paroissiale de l’Assomption.

 

Faites le tour de l’édifice situé dans le bas de la commune, et arrêtez-vous près du choeur (côté tourné vers l’Est). Vous apercevrez sur le mur une longue bande noire avec de curieuse décorations. De quoi s’agit-il ?

 

Quelques recherches permettent d’identifier cette bande à une « litre funéraire ».

 

Une « litre funéraire » ou « litre seigneuriale » ou « litre funèbre », ou « ceinture funèbre » ou encore « ceinture de deuil » était une bande noire posée soit à l’intérieur et parfois même à l’extérieur d’une église pour honorer les défunts.

 

 

 

Mais précisons que seul un seigneur du village ou un « collateur » de la paroisse pouvait ainsi en bénéficier à l’occasion de ses obsèques. On appelait « collateur » celui qui percevait à ce titre la plus grande partie des dimes en vin et en grains, et donc très souvent le seigneur du village. En contrepartie, il s’engageait à entretenir le choeur, la sacristie et le presbytère de l’église.

 

Cette « litre funéraire » que nous trouvons à Bergheim fut peinte en 1735, à la mort du Prince Chrétien III, seigneur de Bergheim, duc de Deux-Ponts.

 

Comme vous pouvez le constater, elle apparaît sous la forme d’une tenture suspendue par un cordon à crochets à la base de laquelle apparaissent une série de pompons et de fémurs croisés.

 

Cette coutume semble avoir pris naissance au début du XIXe siècle et caractérisa ensuite les obsèques princières. Le droit de litre faisant partie des prérogatives seigneuriales fut supprimé à la Révolution française

 

Etranges mascarons !

Tout promeneur un peu curieux aura remarqué que sur de nombreuses façades et sur des fontaines apparaissent des visages humains tantôt effrayants, tantôt grotesques. En architecture on retrouve ce motif ornemental sur la clef d’une arcade, ou sur le linteau des portes et des fenêtres, on parle de « mascaron ».

 

Ce mot vient de l’italien « mascherone » qui signifie littéralement « grand masque grotesque ». Sa fonction originelle visait à chasser les mauvais esprits des habitations. Il apparaît en France au XVIe siècle avec les guerres d’Italie. On trouvera de nombreux mascarons dans toutes les grandes villes d’Europe.

 

Rappelons aussi que le mascaron remonte à l’Antiquité et provient de masques de théâtre comique ou tragique. Souvent le masque est représenté avec la bouche grande ouverte servant ainsi à l’acteur qui déclame un texte ou le chante. S’ils sont souvent grotesques, c’est parce que le théâtre a pour but d’accentuer la caricature ridicule ou tragique.

 

Victor Hugo en parlait ainsi : « Les mascarons du Pont-Neuf, ces cauchemars pétrifiés sous la main de Germain Pilon » (Hugo, Notre-Dame de Paris,1832).

 

Ou encore « Chacune de ces têtes si pittoresquement monstrueuses [des caricatures de Vinci], encadrée de quelque feuillage ou de quelque volute d’ornement, ferait un superbe mascaron crachant l’eau d’une fontaine » (Gautier, Guide Louvre,1872)

 

Voici quelques exemples de mascarons que vous trouverez sur nombre d’édifices de la région.

 

A Colmar, au n°1 de la rue des Boulangers il apparaît sur une porte. Il s’agit d’une étrange tête sculptée que certains interprètent comme étant une allégorie des Indes. Sur une inscription vous pourrez lire « Soli Deo Gloria 1752 » (La gloire n’appartient qu’à Dieu)

 

Place de la Cathédrale, sur un immeuble du XVIIe siècle qui porte le n°7. Une grosse tête de barbu est sculptée sur le linteau de la porte d’entrée d’une boutique.

 

N’oubliez pas d’aller voir la « Maison des Têtes » située 19 rue des Têtes. Elle offre une collection impressionnante de plus d’une centaine de mascarons différents sur sa façade.

 

 

Si vous passez à Strasbourg, là encore profitez-en pour découvrir une multitude de mascarons sur de nombreux édifices.

 

Par exemple sur l’Hôtel Hanau-Lichtenberg, situé 9 rue Brûlée, vous pourrez en voir de nombreux exemplaires, comme la tête de « Flore » ou du «  Printemps » couronnée de fleurs avec des mèches de cheveux nouées à l’antique.

 

 

Ou encore « Hercule » coiffé de la dépouille du lion de Némée symbolisant la puissance et la force.

Maître Humbret l’architecte ignoré

Quel est donc cet homme d’âge mûr, à la physionomie massive et qui apparaît vêtu de la robe caractéristique des ouvriers bâtisseurs du moyen-âge ?

 

Une abondante chevelure entoure le visage laissant percevoir un sourire tranquille. Un bras vigoureux surgit d’une des manches de sa robe tandis que de la main droite il applique une équerre placée sur une planchette posée sur ses genoux.

 

Toute cette apparence identifie ce personnage à un laïque bien que placé au milieu de personnages religieux tenant des instruments de musique.

L’identification de l’architecte de la Collégiale semble évidente pour qui examine attentivement le portail Saint-Nicolas, et pourtant durant plus de six siècles il fut complètement ignoré.

 

En s’approchant de la nervure de l’arcade gauche on pourra lire cette inscription en caractères gothiques majuscules : MAISTRES HUMBRET.

 

Nombre de personnes sont passées devant ce portail sans pourtant le voir, les prêtres ne le connaissaient pas, aucun chroniqueur n’en a parlé, aucun curieux ne l’avait aperçu.

 

Ce qui est le plus surprenant dans cette affaire, c’est que les savants et érudits affirmaient de concert que l’architecte de la Collégiale était un certain Guillaume de Marbourg. Il est vrai qu’il fut effectivement l’architecte du chœur réalisé en 1350 alors que le transept de Saint-Martin est de type ogival primitif et il constitue la partie la plus ancienne de l’église !

 

Ce fut en 1234 que deux bulles papales confirmaient la fondation, par l’évêque de Bâle, d’un chapitre collégial et par la même occasion de la transformation de Saint-Martin en collégiale avec l’accord de l’abbé de Munster.

 

L’année suivante, on fit appel à un architecte français, Maistres Humbret pour approuver les plans et ouvrir le chantier de remaniement de la future collégiale.

 

Il commença par abattre les murs du transept roman du croisillon Sud tout en conservant le portail Saint-Nicolas qui devenait ainsi le premier symbole du nouveau style de transition.

 

Humbret détruisit la construction romane pour la remplacer par les élévations ogivales légères du style gothique aboutissant à la fin du XIIIe siècle à la construction du transept, de la nef, des collatéraux et de la base du massif Ouest.

 

 

En 1315, presque la totalité de la nef et du transept étaient achevés. Les travaux furent ensuite interrompus jusqu’à l’arrivée de l’architecte de la cathédrale de Strasbourg, Guillaume de Marbourg.

 

Ce fut ce dernier qui dessina les plans du chevet et du déambulatoire, et supervisa l’achèvement du grand pignon central et de la tour Sud-Ouest jusqu’en 1330.