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Les inscriptions lapidaires (troisième partie)

Nous allons poursuivre notre exploration des signes lapidaires pour nous intéresser à d’autres formes de graphisme dans les inscriptions murales. Et ce n’est pas ce qui manque en Alsace.

 

Allons d’abord à Riquewihr  et plus exactement au château des Comtes de Wurtemberg situé dans le bas du village.

 

Là, une sur porte latérale vous apercevrez un linteau sur lequel est gravée la date « 1539 ». Observez bien le graphisme des chiffres avec leurs bouclettes.

 

Si vous vous déplaçez dans une commune voisine, à Ammerschwihr, située à l’entrée de la vallée de Kaysersberg, vous observerez une variante intéressante sur la date.

 

Dans la rue principale, sur les vestiges de l’ancienne tourelle de l’Hôtel de Ville, vous pourrez lire sur une plaque en grès jaune de Rouffach, la date de construction « 1552 ».

La gravure de cette date est en relief  dont le style reflète la richesse de la cité cette époque-là !

 

A Eguisheim, autre village du vignoble alsacien, dans la rue Grand’rue, vous pourrez découvrir un écu avec la date « 1559 » sur le linteau d’une porte.

 

Sur cet  écu apparaissent également deux clefs croisées qui  confirment la présence d’une auberge « Aux Deux Clefs ».

Là encore on peut constater une variante dans le graphisme des chiffres.

 

 

A Ingersheim, vous pourrez  trouver un écu rassemblant plusieurs symboles. Ainsi on peut identifier une « breztzel » qui est le symbole des boulangers. Il y a également des outils de vignerons, comme la serpette.

 

A gauche de la première date « 1559 » figure la marque du tailleur de pierre et une initiale « I » à droite.

 

Une seconde date figure également sur ce linteau « 1730 » et les initiales« RO ». Elles correspondent vraisemblablement à un autre propriétaire de la maison au XVIIIe siècle .

 

A Riquewihr nous avons également une curieuse date qui apparaît sur le linteau d’une entrée de cave.

 

Sur ce linteau est gravée la date  « 1574 ». Mais il faut tout de même relever les outrances décoratives dont à fait preuve le sculpteur  et particulièrement sur le chiffre « 4 » !

 

 

 

(A suivre)

Les enseignes d’auberges en Alsace

Dans le passé, les auberges étaient nombreuses dans tous les villages d’Alsace. Alors pour se distinguer les unes des autres, il fallait faire preuve d’imagination.

 

Et ce fut ainsi que l’on vit apparaître, à partir du XIIIe siècle, des enseignes pour identifier les différents établissements.

 

Une autre raison explique leur apparition : à cette époque-là il n’y avait aucune numérotation des maisons. Ce ne fut qu’à la fin du XVIIIe siècle que l’on commença à attribuer des numéros aux maisons.

 

 

Comme la plupart des gens du Moyen-Age étaient illettrés, l’imagerie permettait de repérer aisément une auberge.

 

Cela facilitait également les choses pour un étranger qui arrivait dans un village et pouvait ainsi trouver rapidement une auberge pour s’y restaurer et dormir.

 

Les motifs de ces enseignes étaient constitués de symboles en bois peint ou en fer forgé.

 

Ce n’est au fil du temps que les enseignes devinrent de beaux spécimens de ferronnerie et de métal peints suspendus à des potences.

 

Les débits de boissons et autres lieux d’hébergement se servaient souvent de symboles astronomiques.

 

 

On trouve par exemple les noms suivants : « L’Hostellerie du Soleil », « Auberge à l’Etoile ».

 

Ou encore ce sont des animaux qui figuraient sur les enseignes comme « Auberge du Bouc bleu », « Auberge du Lion » , « Auberge de l’Elephant », « Auberge du Brochet ».

 

On trouve aussi des auberge de « L’homme sauvage », « Auberge des Trois-Rois », « Auberge Aux Deux Clefs ». Et on pourrait ainsi rallonger la liste à l’infini.

 

 

A Ribeauvillé, on distinguait deux sortes d’auberges, les « auberges à enseigne » (Schildwirtschaft) et les « auberges à bouchon ».

 

 

Parlons d’abord des auberges à enseigne. L’autorisation d’ouvrir une auberge à enseigne était accordée par la seigneurie moyennant le paiement d’une taxe, appelée « Schildrecht » ou droit d’enseigne.

 

Le montant s’élevait annuellement à 30 livres que l’on pouvait régler en une fois ou mensuellement. La concession d’une enseigne était révocable, en fait elle dépendait du bon vouloir de la seigneurie.

 

Les aubergistes à enseigne devaient jurer d’exercer leur profession pendant au moins une année et de respecter scrupuleusement les articles du règlement.

 

Voyons maintenant le cas des « auberges à bouchon ». Celles-ci étaient tenues par des bourgeois qui y vendaient le vin de leur propre récolte. Là aussi, il leur fallait faire une déclaration à la seigneurie en début d’année en indiquant les quantités de vin qu’ils se proposaient de vendre et durant combien de temps.

 

La seigneurie accordait l’autorisation contre le paiement d’une taxe de 30 sols que l’on appelait « Straussenrecht » (Droit de bouchon).

 

Les aubergistes de cette catégorie signalaient alors leur établissement par un bouquet. On disait alors qu’ils « tendaient le bouquet » (Den Strauss ausstecken).

 

On les appelait les « Gassenwirth » (Hôtelier de rue) parce qu’à l’origine ils ne pouvaient vendre du vin qu’à emporter dans la rue. Quelquefois on trouve l’appellation « Winkelwirth » qui signifie « Hôtelier du coin » parce qu’ils n’avaient que peu de place dans leur maison pour accueillir leurs clients.

 

Bien que les aubergistes à bouchon n’étaient pas assermentés, ils étaient néanmoins tenus de respecter les règlements de la seigneurie. Il leur était, par exemple, interdit de servir à leur hôtes des repas chauds et de leur assurer le couchage.

Les inscriptions lapidaires (deuxième partie)

Dans le précédent article je vous avais parlé des signes lapidaires sur les maisons.

Voyons à présent quelques spécimen intéressants que vous pourrez voir à Colmar et dans les villages environnants.

 

Commençons par Colmar avec cette curieuse date formée de cinq chiffres au lieu de quatre.

 

Rendez-vous à la « Alte Apotheke » (Ancienne pharmacie) située à l’angle de la rue des Marchands et de la rue des Tourneurs. Elle appartenait en 1354 à un apothicaire nommé Heydin.

 

Si vous examinez attentivement la façade rue des Tourneurs, vous apercevrez sur le tracé d’une arcade du rez-de-chaussée la date « 4150 ». Ce n’est pas possible, il doit y avoir une erreur.

 

 

Vous avez raison, en fait le problème vient de la lettre  « I » qui apparait entre le chiffre « 4 » et le chiffre « 5 » et qui n’a rien à voir avec la date.

 

La lettre à gauche, un « M » signifie« Mille ». En ajoutant à cette lettre les trois chiffres « 450 », cela nous donnera la date de « 1450 ».

 

 

 

Quittez Colmar pour vous rendre à Kaysersberg. Rendez-vous au n°26 de la rue du Couvent près de la Place Geiler.

 

Là vous trouverez une maison construite en 1528. C’est l’information que révèle le linteau de la porte d’entrée. Vous pouvez constater que la date encadre un outil tranchant.

 

Remarquez aussi que l’on a utilisé la lettre « Z » pour figurer le chiffre « 2 ». Le tailleur de pierre a manifestement choisi la facilité pour tailler le chiffre.

 

 

Puisque nous sommes à Kayserberg profitons-en pour nous déplacer dans l’impasse Staub près de la fontaine Constantin. En gravissant cette impasse recherchez la maison qui porte le n°53.

 

Sur l’arc du portail vous pourriez lire « 1531 ». Mais, avez-vous remarqué la forme du 4ème chiffre ?

 

Il ressemble bien au chiffre « 1 » mais il suffirait de le basculer un peu vers la droite pour retrouver la forme normale du « 7 ».

 

Donc la véritable date de ce linteau est « 1537 »

 

 

A suivre …

 

Vous pourrez découvrir de nombreux autres linteaux en vous procurant le guide « Les Couloirs du temps de COLMAR ».

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Les inscriptions lapidaires (première partie)

Quelles sont donc ces inscriptions qui furent religieusement gravées sur les habitations des maisons alsaciennes ?

 

Tout évènement important dans un village se retrouvait finalement sur les façades des maisons pour rappeler le mariage de ses habitants, sous la forme d’une date accompagnée des initiales des époux ayant construit la maison.

 

Ces millésimes offrent d’excellentes raisons de déchiffrer les inscriptions médiévales. On s’apercevra rapidement qu’elles sont différentes de ce qui avait été adopté depuis la Renaissance.

 

 

C’est vraisemblablement Gerbert d’Aurillac, dit le « savant Gerbert », pape sous le nom de Sylvestre II de 999 à 1003, et aussi philosophe, mathématicien et mécanicien, qui introduisit en Europe le système de numération décimale et peut-être aussi le zéro qui y étaient utilisés depuis qu’Al-Khwarizmi l’avait rapporté d’Inde.

 

Il était originaire de Khiva, Ouzbékistan dans l’ancienne province du Kharezm et avait développé l’art du calcul algébrique.

 

Jusque-là il était très difficile de faire des calculs écrits sans usage du zéro. Faire çà avec des chiffres romains était très compliqué.

 

 

Durant des siècles on avait la coutume grecque de traduire les millésimes à l’aide de lettres.

 

C’est ainsi que l’on se servait de la lettre « i » pour traduire le chiffre « 1 ». Le chiffre « 6 » ressemblait fréquemment à la lettre « G », et la lettre « S » à une sorte de virgule.

 

Quant au chiffre « 2 » il a été substitué par la lettre « Z » tout simplement parce pour le tailleur de pierre il était plus facile de tailler des droites que des courbes.

 

Le chiffre « 4 » prenait souvent la forme de la partie supérieur du chiffre « 8 ». Le chiffre « 5 » quant à lui à subit de nombreuses distorsions et le chiffre « 7 » recherchait son équilibre.

 

Pour vous donner un aperçu des modifications graphiques des chiffres, un petit tableau vous permettra de mieux vous rendre compte de l’évolution des ces signes au cours des siècles.

 

Ces transcriptions vont s’étendre sur plusieurs générations jusqu’à l’époque de Louis XIV. Puis à partir de là, ce fut la forme utilisée par les imprimeurs qui prendra le dessus. On parle alors de caractères « elzevir ».

 

Son origine provient d’une illustre famille de typographes et d’imprimeurs néerlandais , les Elzevier, qui avaient inventé le caractère typographique qui porte leur nom.

 

Puis à partir du XVIe siècle, ce fut le Garamond qui fit son apparition. Il s’agissait d’un groupe de polices de caractères nommé d’après le graveur Claude Garamont (vers 1480-1561).

 

D’ailleurs la plupart des polices d’écritures portant aujourd’hui le nom de « Garamond » sont dérivées du travail ultérieur d’un typographe français nommé Jean Jannon.

 

Voyons quelques exemples.

 

Voilà par exemple ce que l’on trouve sur la chapelle Saint-Michel à Kaysersberg.

 

Dans cette chapelle sont encore conservés les ossements et les crânes des habitants du vieux Kaysersberg.

 

Et bien, juste au-dessus de la porte d’entrée du sous-sol de l’ossuaire , se trouve gravée une inscription en caractères gothiques mentionnant la date « 1463 ».

 

Non loin de cette chapelle, dans l’ancien cimetière paroissial, on aperçoit un « Bildstock » (petit monument voué au culte d’un saint) sur lequel figure la date « 1474 » également avec des caractères gothiques.

 

 

 

 

A suivre …

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Le nom des communes en Alsace

Bien que la plupart des communes portent des noms allemands, on ne peut en conclure que cette règle s’applique sans précautions.

 

En effet, en analysant les noms des communes on s’aperçoit qu’ils s’inspirent à la fois de la forme française et de la prononciation en dialecte alsacien.

 

C’est le cas notamment pour les villages auxquels les suffixes « willer » et « wihr » ont été ajoutés. Ce sera souvent la forme dialectale qui sera la plus fidèle par rapport à l’origine du nom.

 

Le nom officiel d’une commune est souvent associé à la localisation de celle-ci par rapport à des points de repères connus : lieux ou cours d’eaux qui ont un lien avec des éléments naturels ou culturels.

 

Leur orthographe peut être variable mais néanmoins compatible avec les prononciations les plus courantes. Quant à leur prononciation elle suit la règle de l’alphabet phonétique international en faisant usage de signes relativement courants.

 

Illustrons cela par quelques exemples. 

 

Le suffixe « bach » qui signifie « ruisseau » comme dans Zimmerbach fait référence au ruisseau, le « zimmerbach » (zimmer = chambre) qui partageait la commune en deux parties.

 

L’une des deux parties côté Wihr-au-Val, appartenait aux seigneurs de Guirsberg et l’autre côté Turckheim, était un fief impérial des Seigneurs de Hattstatt.

 

 

 

Le préfixe « Nieder » (en bas) comme dans Niedermorschwihr indique une position inférieure par rapport à d’autres villages comme « Obermorschwihr » « Ober » (en haut).

 

 

Quant au suffixe « wihr » qui apparaît fréquemment dans le nom d’une commune alsacienne, il signifie tout bonnement « village ».

 

 

 

On pourrait également parler du suffixe « heim » très fréquent dans le nom de beaucoup de communes. Il signifie « hameau » en français ou rassemblement de maisons et provient de l’alémanique « hüs » et de l’allemand « haus » (maison) et « heim » (village).

 

C’est le cas pour le village de Bergheim (maison du mont) qui fait référence au mot allemand « berg » (montagne) qui lui-même reprenait le sens du terme celtique.

 

 

Le suffixe « willer » fait référence au terme « villare » (village) d’origine gallo-romaine.

 

Ainsi en est-il du village de Scherwiller qui date de l’année 817 sous le nom de Scerewilare.

 

 

 

 

 

 

 

Le suffixe « thal » comme dans Katzenthal (Vallée des chats)  ou Dieffenthal (Vallée profonde) fait référence à la notion de « vallée ».

 

Les graphies de Katzenthal ont varié suivant les époques  : Kazzindal en 1233, Cazzendale en 1240, Kazendal en 1286, Katzental en 1328, et Katzentall en 1659.

En allemand ce mot a été simplifié en « tal » mais la forme avec h a été généralement conservée en Alsace.

L’évolution des fortifications en Alsace

Nombre de villes et de villages en Alsace laissent encore apparaître d’anciennes enceintes qui avaient été construites entre les XIIIe et XVe siècles. La fonction de ces enceintes était liée à un contexte particulier au sein du Saint Empire Romain Germanique.

 

On constate en effet, qu’à partir du XIIe siècle un affaiblissement du pouvoir impérial. La première conséquence fut une recrudescence de conflits en Alsace.

 

 

 

Il s’agissait très souvent de petites guerres féodales n’engageant qu’un nombre limité de belligérants.

 

On aussi assistait alors  à des pillages et à des sièges de châteaux visant à s’approprier des terres et des biens. Les premiers à souffrir de ces conflits furent bien entendu les habitants des villages et leur seigneur.

 

Les enceintes qui furent érigées entre le XIIIe et le XIVe siècles avaient essentiellement pour objectif de protéger la plus grande partie des bâtiments peu importe l’environnement de la localité concernée. Les conditions topographiques de l’endroit n’avaient que peu d’incidence sur leur construction, car on en trouve au pied d’un coteau ou soit même carrément  à mi-pente.

 

Dans la plupart des cas, on érige des murailles sur environ 1250 mètres ce qui permet de clôturer une superficie d’environ 10 hectares. On creuse un fossé d’une largeur moyenne de 15 m à l’ouverture et d’une profondeur de 2 à 3 mètres.

 

On élève ensuite une muraille d’une épaisseur d’environ d’1 à 1,50 mètre. Les matériaux utilisés furent généralement ceux disponibles sur place que l’on va trouver dans des carrières ou encore le lit des rivières. La hauteur de cette muraille varie entre 5 et 7 mètres de haut.

 

Par-dessus on ajoute très souvent un chemin de ronde continu en bois ou en pierre. Tous les 250 mètres on ajoute une tour de guet circulaire et des tour-portes pour permettre l’accès à la cité.

 

Le passage des portes est protégé par une herse métallique que l’on coulisse dans les rainures aménagées de part et d’autres de la porte. Pour traverser le fossé, il faut franchir un pont en bois qui lui aussi peut être relevé.

 

La construction d’une enceinte constitue par ailleurs l’un des aspects majeurs de l’organisation sociale et politique de la ville. En décidant de s’adjoindre d’une muraille, les habitants devaient aussi accepter certaines contraintes non négligeables. Ainsi se rendre vers l’extérieur ou vers l’intérieur n’était pas chose très aisée, car les points de passages étaient peu nombreux.

 

Puis en 1673 vint la décision de Louis XIV qui demanda le démantèlement des murailles des villes moyennes de la Décapole pour affirmer son pouvoir et dissuader les villes qui s’opposeraient à ses ambitions territoriales.

 

Bien que l’on assista au déclin de la fonction défensive des enceintes, nombre d’entre elles furent malgré tout conservées.

 

Par contre au XIXe siècle, les projets d’urbanisme, le tracé des rues, et la volonté de réduire les coûts d’entretien de ces structures, fournirent très vite des raisons suffisantes pour entreprendre le démantèlement des fortifications.

 

La rue des Crânes

Lorsque l’on examine les archives de Saint-Jean, on découvre à propos de cette rue la mention « Schedelgasz » (rue des Crânes) et ce dès 1283.

 

Pour comprendre l’origine de ce nom, il faut se rappeler que dans cette rue s’élevait autrefois une chapelle dédiée à Saint-Jacques. Elle avait été construite au XIIIe siècle.

 

Et dans le sous-sol de celle-ci que se trouvait un ossuaire. On ne peut donc s’empêcher de relier cette appellation « Schädelgass » (rue des Crânes)  à ce lieu où étaient entreposés des milliers de crânes humains.

 

 

 

Mais où se trouvait donc cette chapelle Saint-Jacques ?

 

Comme nous venons de le remarquer, sous la chapelle se trouvait une salle voutée qui conservait les ossements mis à jour au moment où de nouvelles sépultures étaient creusées. Des squelettes, des crânes et autres reste humains furent entassés dans cette salle.

 

Un service religieux y était même célébré chaque matin dans cette chapelle. Les chroniques de l’époque ajoutent que ce n’est qu’à l’issue de cet office, lorsque la cloche sonnait, que les gardiens ouvraient les portes de la ville.

 

Ce fut le cas jusqu’en 1575, date à laquelle la Réforme protestante fut introduite à Colmar.

 

Un portail Renaissance sur la façade orientale du Corps de Garde atteste d’ailleurs cette date importante. On peut en effet lire sur le linteau la date « MDLXXV » (1575).

 

Ce fut à ce moment-là que l’on transforma cette chapelle en arsenal militaire et en Corps de Garde.

 

Puis en 1588 on fit murer la chapelle. On détruisit également le mur de clôture qui englobait la chapelle et la Collégiale.

 

Les ossements, qui se trouvaient dans le cimetière entourant la Collégiale, furent alors déterrés et déplacés dans autre lieu en dehors des murs de la ville, le « cimetière des pauvres » aussi appelé « Cimetière Saint-Anne ».

 

Finalement il fallut attendre 1858, pour voir le transfert complet des ossements et des crânes entassés dans l’ossuaire.

 

On peut encore vérifier l’existence de cette ancienne chapelle en se déplaçant soit dans la rue des Marchands, soit sur la place devant le Corps de Garde pour y apercevoir la croix en pierre au sommet du pignon oriental.

 

Si vous examinez la façade rue des Marchands, vous pourrez y discerner les traces (arc voutés) dans le mur.

 

La couleur des façades

Le promeneur en Alsace aura tôt fait de remarquer la coloration particulière des maisons. Ce qui peut surprendre, c’est que la couleur de certaines façades n’est pas celle que l’on rencontre habituellement sur les maisons. Il est vrai que le choix des couleurs est assez restreint dans d’autres régions de France.

 

Cela n’est pas le cas en Alsace où une grande liberté de couleurs sont possible. Le rouge magenta, le vert émeraude, le bleu marine et le jaune se mélangent sur les maisons offrant une palette surprenante.

 

 

Vous vous demandez sans doute comment sont choisies les couleurs d’une maison alsacienne. Le hasard est étranger à ce choix, mais ce sont d’autres critères qui entrent en jeu.

 

Dans le passé peu de gens savaient lire et c’est la raison pour laquelle on avait adopté un code de couleur pour identifier une corporation d’artisans.

 

Ainsi le rouge faisait référence aux métiers du fer comme les forgerons et les serruriers.

 

Quant à la couleur jaune elle était utilisée par les boulangers et les pâtissiers.

 

La couleur verte faisait référence aux tailleurs, couturières, selliers bref les métiers qui façonnaient le tissu et le cuir.

 

La couleur bleue symbolisait les métiers du bois comme les menuisiers, les charpentiers, les tonneliers. Les différents corps de métiers dans la construction préféraient la couleur crème.

 

On peut toutefois noter une autre signification pour l’utilisation d’une couleur particulière : la confession religieuse. La plupart des familles de confession catholique privilégiaient la couleur bleue alors que les maisons appartenant à des familles protestantes se réservaient la couleur rouge.

 

Ainsi l’apparition de la couleur bleue vers le XVIIe siècle semble liée au culte catholique de Marie (bleu céleste du manteau de la vierge). D’ailleurs le fond de nombre de niches, contenant des statues de la vierge, étaient peintes en bleu pour cette raison.

 

Dans son ouvrage « La coloration des façades en Alsace : histoire, pratiques, méthodes», Denis Steinmetz nous apprend que « la coloration des façades remonte au Moyen Age. Après le crépissage, on appliquait sur la façade, un badigeon protecteur de chaux. Ce badigeon était coloré. Avant l’ère industrielle, les badigeons étaient surtout rouges et noirs, en fonction des pigments disponibles ».

 

Cependant l’auteur ajoute que « la couleur peut être issue de la matière brute mise en œuvre dans la construction ». Ces colorations étaient donc avant tout une histoire de technique bien qu’elles furent aussi utilisées dans un but décoratif.

 

Ajoutons pour finir que la colorisation n’était pas systématique. Elle dépendait souvent du niveau social des habitants. On constate toutefois que les façades non colorées étaient largement plus nombreuses.

La numérotation des maisons

Pour celui qui examine des documents d’archives antérieures au XVIIIe siècle, il sera confronté au problème suivant : comment retrouver une maison alors que celle-ci ne comporte aucun numéro ?

 

Comment un promeneur de cette époque pouvait-il distinguer la maison qu’il recherchait parmi toutes les autres ?

 

Et oui, à cette époque-là il n’y avait encore aucun service des postes, et donc aucune nécessité de numéroter les maisons.

 

Quelle fut donc la raison pour laquelle on instaura une numérotation des maisons ?

 

Ce fut à l’origine pour des raisons militaires. En 1765, pour faciliter le cantonnement des troupes, on décida d’accrocher sur chaque maison une petite plaque en fer blanc avec un numéro correspondant au billet de cantonnement.

 

Mais il fallut attendre la Révolution pour voir l’apparition d’un comptage systématique et une numérotation soigneuse des maisons. La raison de cette opération visait à faciliter la répartition des communaux et d’effectuer des recensements des populations.

 

Depuis des siècles, les maisons étaient désignées par des marques distinctives comme les emblèmes de maison ou de cour, ou leur nom peint sur la façade.

 

Par emblème de maison on entend un signe distinctif identifiant la maison ou la demeure d’une famille.

 

La même problématique concernait les actes officiels, ventes ou achats de maisons. C’est ainsi qu’un propriétaire d’une maison apposait au bas des actes ce qu’on appelait un « hantgemal » (un signe dessiné à la main).

 

Ce mot fut appliqué à la fois aux biens et à la maison de famille concernés. C’est aussi ce « hantgemal » qui servait à régler les contestations de naissance qui pouvaient opposer deux individus prétendant être libres. Il fallait remplir cette condition pour devenir échevin « Schöffenbarfrei ».

 

 

Plus tard on vit apparaître des armoiries sur le porche des maisons, ce qui fit que la situation juridique se définissait maintenant par rapport au domicile et non à la maison de famille.

 

Si vous observez les linteaux de portes, là où n’apparait aucune armoirie, on a gravé en général les initiales du propriétaire de la maison assorties de divers décors en rapport avec l’activité professionnelle exercée.

 

On pouvait à partir de ce moment-là clairement identifier les propriétaires grâce à ce initiales qui figuraient dans les archives. Nombre de gens de cette époque étant analphabètes, pouvaient ainsi prouver leurs droits.

 

 

On trouvait également des maisons sur lesquelles étaient peintes ou gravées des noms tirés du monde animal ou végétal. C’était souvent le cas avec les auberges ou les pharmacies.

 

 

Mais il est vrai que cette pratique était plutôt propre aux quartiers animés mais absente des quartiers paysans.

 

Le seul problème que l’on rencontre en examinant d’anciennes archives, c’est que l’on rencontre des maisons qui portent le même nom. Mais c’est le problème auquel sont seulement confrontés les historiens.

 

Les tanneries en Alsace

Les tanneries étaient souvent situées près d’une rivière ou d’un cours d’eau car les lavages successifs demandaient beaucoup d’eau. La proximité avec les lieux d’élevage d’animaux permettait un approvisionnement garanti en peaux.

 

Ces peaux animales provenaient pour l’essentiel de boeufs, de vaches, de veaux, bien que l’on utilisait aussi des peaux de chèvres, de mouton voire plus rarement de peaux d’ânes ou de chevaux.

 

Après réception par le tanneur, les peaux étaient salées en vue de leur stockage.

 

 

 

Ensuite elles étaient lavées pour les débarrasser du sel et pour les ramollir. Il fallait ensuite plonger ces peaux dans un bain de chaux afin de pouvoir enlever les poils, cette opération était appelée « pelanage ».

 

Puis le « drayeur » plaçait les peaux sur un sorte de chevalet et à l’aide d’un boutoir (sorte de grande lame munie de deux manches) il grattait les résidus de chair et les poils.

 

L’étape suivante consistait à nettoyer les peaux à l’aide d’un outil en forme de disque tranchant pour les nettoyer de manière plus approfondie. Ensuite seulement intervenait l’opération de tannage proprement dite.

 

On plongeait les peaux dans de grandes cuves contenant du « tanin » (poudre extraite de l’écorce de chêne). Cela pouvait prendre plusieurs mois selon la qualité du cuir que l’on voulait obtenir.

 

C’est pour cela que les tanneurs  disaient « pour faire un bon cuir il faut du tan et du temps. »

 

Les peaux subissaient encore de nombreuses opérations menées par un « corroyeur » qui demandaient elles aussi de fréquents rinçages à l’eau.

 

Ce n’était qu’après ces nombreux traitements (teinture, séchage, débridage, etc.) que l’on entreprenait le finissage qui visait à donner de la souplesse au cuir.

Faut-il donc s’étonner que l’on situait immédiatement le quartier des tanneurs dans un ville ou un village ?

 

L’odeur caractéristique qui flottait en permanence dans l’air provenait à n’en pas douter des innombrables peaux que les tanneurs faisaient sécher.

 

Les familles de tanneurs appartenaient en général à la petite bourgeoisie marchande. Une entreprise familiale comptait en général de un à quatre ouvriers en plus du patron.

 

Le travail était rude, aussi bien à la rivière que dans les ateliers mal fermés et non chauffés. Les peaux chargées de chaux étaient manipulées en partie à pleines mains. Bonjour les gerçures ! Les fosses étaient dans la cour, à ciel ouvert.

 

 

Ensuite ces peaux étaient mises à sécher sous les toits. Odeurs pestilentielles et poussières de tan ont contribué très vite à rendre les tanneries indésirables dans le centre des villes.

 

Les maisons de tanneurs se distinguent facilement grâce aux niveaux de grandes lucarnes fermée par des volets, qui en fait constituaient les séchoirs à peaux.

Voilà peut-être une explication à la disparitions des tanneurs dans nos villages !