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Epitaphe de 1694 (solution)

Epitaphe de 1694 (solution)

« CY GIST SIEUR DE LAMORAQUE
ECUYER-CAPITAINE
AU RGT DE LA MARINE
ROYAL, DECEDE LE 24
JANVIER 1694 – R. I. P. AMEN.»

En examinant cette pierre vous avez peut-être pu conclure qu’il est question d’un écuyer-capitaine nommé De Lamoraque qui faisait partie d’un régiment de la Marine Royale et qui était décédé le 24 janvier 1694.

Que sait-on sur ce capitaine de la Marine ?

 

Malheureusement très peu de choses. Les renseignements que l’on peut trouver sur cet officier, à savoir son âge ou même la cause de sa mort, sont vraiment sommaires. Les seules indications que l’on peut trouver sont celles de l’état civil de l’époque, c’est-à-dire le Registre des Enterrements, que tenait le curé de la paroisse Daniel Loyans.

Voici ce qu’on pouvait y lire :
« L’an mil six cent quatre vingt quatorze le vingt quatrième janvier est décédé en la communion des fidèles après avoir esté bien pourvu des saints sacremens de l’Eglise sieur Joseph de Moraque escuyer capitaine au régiment de la marine Royal le corps duquel a esté inhumé au petit cimetière de cette Eglise. En foy de quoy sieur D’auront aide-major dudit régt et Pierre Faget parent dudit deffunct ».

Même les archives du Ministère de la guerre ne fournissent pas plus d’informations sur ses états de services, car il n’existait aucun relevé concernant les officiers au XVIIe siècle.

Même si l’identité du capitaine de Lamoraque, reste relativement floue, on en sait davantage sur le régiment auquel il a appartenu.

La Gazette de France du 11 janvier 1670, fournit les indications suivantes :
« Le Roy, pour la seureté de ses vaisseaux ayant résolu la levée de deux régiments, chacun de 2.000 hommes, nommé le Régiment Royal de la Marine et de l’Amirauté a fait choix pour les commander de MM. de Lavardin et de Gacé ».

En lisant cela, vous vous interrogez peut-être à propos de la mention « le Régiment Royal de la Marine et de l’Amirauté » ?

Quoiqu’il en soit, cela signifie que le régiment royal de la Marine fut créé par ordonnance du 24 décembre 1669 et formé au début de l’année 1670 en Bretagne, pays d’origine possible de notre officier.

Votre étonnement est légitime lorsqu’on évoque la présence d’un corps de la Marine sous les remparts de Sélestat. Bien que cela puisse vous paraître invraisemblable, en cherchant bien on découvre que les circonstances de l’époque qui ont amené rapidement cette unité au service de terre en 1671, malgré son nom. Ce ne fut qu’en 1791, le 1er janvier, qu’on la renomma « 60e Régiment d’Infanterie ».

Ce régiment, lors de son premier séjour en Alsace, passa l’hiver 1693-94 à Sélestat. Ce fut aussi le cas au cours de la guerre de Hollande de 1670 à 1678, notamment en 1675 où il participa avec Turenne à libérer l’Alsace envahie.

On retrouve le régiment royal à Strasbourg-Kehl à la paix de Nimègue en 1678.

Il fut également présent lors du conflit avec la Ligue d’Augsbourg entre 1681et 1697.

En 1689, face à la Grande Alliance de Vienne, la lutte reprend de plus belle dans les Flandres, où ce régiment se couvre de gloire sous les ordres du maréchal de Luxembourg, François-Henri de Montmorency-Bouteville.

Il reprit ses quartiers à Sélestat en octobre 1693 et y séjourna durant tout l’hiver.
Les archives révèlent encore le nom de deux capitaines : de Saint-Laurent et de Saint-Georges.

Ce fut justement dans la compagnie de Mr. de Saint-Laurent, qu’on déplora la perte de deux hommes, le capitaine de Lamoraque et le sergent Jacques Testu, dit Saint-Louis.
Ce dernier fut enterré au cimetière des bourgeois, qui constitue le noyau de l’actuel cimetière nord, qui fut inauguré le 8 mars 1677.

Le fait que le capitaine de Lamoraque fut enterré au cimetière paroissial – ce qu’on désignait sous le nom « Kirchhof » (Cimetière paroissial) – semble confirmer qu’à cette époque il fallait ou être déjà propriétaire d’une tombe ou avoir un privilège spécial pour pouvoir y être enterré : ainsi en vertu des prérogatives de son grade supérieur, les restes de ce capitaine furent inhumés à côté de l’église.

Rendons hommage à ce graveur anonyme qui a eu l’idée originale de prendre une pierre même de l’église pour porter cette épitaphe. A lui seul revient le mérite d’avoir ainsi sauvegardé le souvenir de cet écuyer capitaine.

Voilà vous savez presque tout. Mais si vous voulez découvrir d’autres curiosités, alors je vous encourage à vous procurer le guide « Circuit Découverte de Selestat vol.1 »

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